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Rendre la vigne à son Maître : De la tentation de possession à la liberté de l'amour

1 oct.
5 min de lecture

27ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A


Lectures de la Messe : Is 5, 1-7 ; Ps 79 (80), 9-12, 13-14, 15-16a, 19-20 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43

 

Il y a une étrange continuité entre la complainte du prophète Isaïe et la parabole que Jésus adresse aux grands prêtres et aux anciens du peuple. On pourrait croire que le Nouveau Testament viendrait adoucir la rigueur de l'Ancien, mais ce n’est pas le cas. En fait, dans le Nouveau Testament le langage de Dieu se fait plus précis, plus pressant. La vigne, c'est l'histoire de l'amour de Dieu pour l'humanité, une histoire d'investissement total, de tendresse, mais aussi une histoire où l'homme risque à chaque instant de se tromper sur son statut.

Par la Liturgie du 27ème dimanche du Temps Ordinaire, nous sommes invités à regarder au fond de notre cœur pour comprendre quel type de relation nous entretenons avec Celui qui nous a tout donné.

 

I. L'illusion du propriétaire : quand le don devient une prise

Isaïe, dans la première lecture, nous décrit un Dieu qui fait tout pour sa vigne : il en retourne la terre, en retire les pierres, y met un plant de qualité et bâtit une tour de garde. Dans l'Évangile, Jésus reprend exactement les mêmes éléments d'exégèse : la clôture, le pressoir, la tour. En termes bibliques, ces détails montrent que Dieu a pourvu à tout ce qui est nécessaire pour que notre vie porte du fruit, rien ne manque : la clôture nous protège, la tour nous permet de veiller, le pressoir attend la joie de la récolte.

Et pourtant, le drame commence au moment où les vignerons oublient qu'ils sont seulement des gérants ; ils se mettent à penser que la vigne leur appartient. Voici le mensonge originel qui réapparaît : vouloir être comme des dieux, posséder la Grâce au lieu de la recevoir. Donc, qu’il nous soit claire : la racine de tout péché est cette transition subtile où nous cessons de rendre grâce pour commencer à exiger. Lorsque nous traitons nos dons, nos compétences, nos familles, et même notre foi comme une propriété privée, nous cessons d'être fertiles et nous devenons violents.

 

II. La patience de Dieu et le rejet du Fils

Remarquez la pédagogie de Dieu dans la parabole : il envoie des serviteurs, une fois, deux fois… Dans l'histoire du salut, ce sont les prophètes. Comment sont-ils reçus ? Frappés, tués, lapidés. L'homme qui veut être maître chez lui ne supporte pas la voix qui lui rappelle qu'il doit rendre des comptes.

Puis vient le sommet du drame : « Finalement, il leur envoya son fils. » Jésus parle ici de Lui-même avec une conscience limpide de sa filiation divine unique. C’est étonnant de voir que Jésus, Il sait ce qui l'attend à Jérusalem, Il sait qu'Il va être jeté « hors de la vigne » — crucifié hors des murs de la ville — et tué. Et ce que nous voyons c’est que la réponse de l'homme à la confiance ultime de Dieu, c'est le meurtre de l'Héritier. Jésus continue la parabole ne disant que les vignerons se disent : « Tuons-le, nous aurons son héritage ! » C'est l’image de l'absurdité du cœur humain, qui croit qu'en éliminant Dieu, nous deviendrons enfin libres et maîtres de notre destinée.

 

III. La justice de l'amour : quand le refus crée un peuple nouveau

À la question de Jésus sur ce que fera le maître, la réponse des auditeurs tombe comme un couteau : « … il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres… ». Mais Jésus recadre aussitôt la perspective en citant le Psaume 117 : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. »

Ici réside le mystère central de notre foi : Dieu ne s'avoue jamais vaincu par le mal humain, et la folie des hommes rejetant le Fils devient le lieu même de la Rédemption. La pierre rejetée — qui est le Christ crucifié — devient la pierre d'angle sur laquelle repose tout le nouveau Temple. Donc, le Royaume de Dieu n'est pas détruit par notre ingratitude, mais il est donné à un peuple qui en fera produire les fruits. Ce peuple, c'est l'Église, c'est chacun de nous lorsqu'on accepte de ne plus vivre pour nous-mêmes, mais pour Celui qui nous a aimés.

 

IV. Le vrai fruit attendu : la conformité de la volonté

Quels sont ces fruits que le Maître attend de nous ? Dans la première lecture, Isaïe nous donne la clé par un jeu de mots hébraïque très intéressants : Dieu attendait le droit, mishpat (מִשְׁפָּט), et voici le crime, mispah (מִשְׂפָּח) ; il attendait la justice, tsedaqah (צְדָקָה), et voici les cris, tse'aqah (צְעָקָה). Les fruits que Dieu demande ne sont pas des réussites humaines ou des performances religieuses extérieures, mais une vie transformée par la charité, la justice et la vérité.

Saint Jean de la Croix le rappelle avec une clarté limpide : la perfection ne consiste pas dans les consolations ou dans la possession des dons de Dieu, mais dans l'union intime de notre volonté avec la sienne (cf. La Montée du Carmel, II, 5). Porter du fruit, c'est laisser le Christ vivre en nous au point que sa justice et sa douceur deviennent nos propres actes. La sainteté n'est pas une question de réussir, de pouvoir, mais d'abandon à la Grâce Divine.

 

Conclusion et application pour notre journée

Regardons nos journées avec honnêteté. Combien de fois agissons-nous en propriétaires mécontents plutôt qu'en vignerons reconnaissants ? Nous nous inquiétons pour tant de choses parce que nous oublions que notre vie est entre les mains d'un Maître profondément bon. Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous donne le remède exact à cette attitude : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce... Et la paix de Dieu gardera vos cœurs. »

Aujourd'hui, faisons l'exercice spirituel de rendre à Dieu ce qui lui appartient :

  1. Remettons-lui nos compétences et nos réussites : reconnaissons que tout ce que nous avons de bon est un don reçu.

  2. Acceptons les tailles et les purifications : quand une épreuve survient, ne voyons pas une punition, mais l'occasion d'élaguer ce qui empêche le vrai fruit de mûrir.

  3. Posons un acte concret de justice et de charité : substituons au murmure ou à l'égoïsme une parole d'encouragement ou un geste de pardon.

 

Prière

Seigneur Jésus, Pierre d'angle de ma vie, je te demande pardon pour toutes les fois où j'ai agi en propriétaire de mon existence, de mon temps et de mes dons. Je reconnais aujourd'hui que tout vient de Toi et que tout T'appartient.

Arrache de mon cœur la tentation de l'autosuffisance et la peur de manquer. Donne-moi la grâce d'être un vigneron fidèle et joyeux dans Ton Royaume. Que Ton Esprit Saint façonne en moi les fruits de justice, de paix et de vérité que Tu attends.

Garde mon âme dans cette paix qui dépasse toute intelligence, afin que, uni à Ta volonté, je puisse Te rendre gloire dans les plus petites actions de ma journée. Amen.

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Je suis Saulo de Tarso. À travers ce blog personnel, je souhaite partager avec vous ma passion pour les Écritures, la théologie et la philosophie. Entre mes études et mon travail, ce site est un espace pour approfondir la connaissance de Jésus-Christ, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Vous y trouverez des méditations quotidiennes et des réflexions pour nourrir votre vie spirituelle.

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