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L'art d'habiter le présent : de l'angoisse de la possession à la confiance des fils

  • 19 juin
  • 5 min de lecture
Claude Lorrain (1600 - 1682) Le Sermon sur la montagne
Claude Lorrain (1600 - 1682) Le Sermon sur la montagne

(Samedi, 11eme Semaine Du Temps Ordinaire)

Lectures de la Messe : 2 Ch 24, 17-25 ; Psaume 88/89 ; Mt 6, 24-34


La vie humaine est une quête permanente de sécurité. Nous dépensions une énergie infinie à construire des remparts autour de nos existences, à accumuler des garanties pour l'avenir, comme si nous pouvions maîtriser le temps et les événements. Mais l'expérience nous montre que plus nous essayons de tout contrôler, plus l'angoisse grandit. La liturgie de ce samedi de la 11ème semaine du Temps Ordinaire nous place devant une alternative radicale qui touche au centre de notre liberté : en effet, la liturgie nous invite à passer d'une existence fragmentée par la peur du lendemain à une vie unifiée par la certitude d'être aimés. En gardant en mémoire l'esprit de gratuité qui guidait notre réflexion le dimanche précédent, nous comprenons que la confiance n'est pas une démission, mais l'acte le plus haut de notre liberté.


1. La chute de Joas ou le drame du cœur divisé

La première lecture nous montre la fin tragique du roi Joas. Son histoire, commencée dans la lumière et la protection du Temple, s'achève dans l'infidélité et le sang. À la mort du prêtre Joad, son mentor spirituel, Joas écoute les princes de Juda et abandonne la maison du Seigneur pour des idoles. Ce revirement n'est pas une simple erreur politique, c'est le drame d'un cœur instable, qui n'était pas profondément ancré. Dès que son support, son appui humain lui est retirée, Joas cherche d'autres maîtres, des idoles qui promettent une sécurité immédiate mais factice. Il en vient même à assassiner Zacharie, le fils de son bienfaiteur le prêtre Joad, qui tentait de le ramener à la vérité.

Le châtiment de Joas, mort sur son lit par le complot de ses propres serviteurs, met en lumière une loi spirituelle fondamentale : lorsque nous abandonnons la source de notre vie, nous devenons les esclaves de nos propres sécurités. Joas a cru qu'en servant les idoles et en s'alliant aux pouvoirs du moment, il consoliderait son trône, mais il a fini en perdant sa dignité, son royaume et sa vie. Son parcours illustre parfaitement ce que Jésus dénonce dans l'Évangile d’aujourd’hui : on ne peut pas jouer sur deux tableaux, parce qu’un cœur divisé finit toujours par se détruire lui-même.


2. L'alternative radicale : Dieu ou l'Argent

Dans l'Évangile, Jésus pose le diagnostic de cette division intérieure avec une clarté presque chirurgicale : « Nul ne peut servir deux maîtres… ». Le Christ utilise le mot μαμωνᾷ (mamonà) translittéré de l’araméen Mammon, (personnification Mammon, le dieu syrien des richesses, argent) traduit par l'Argent, mais qui désigne plus largement l'accumulation, la possession, tout ce sur quoi l'homme met sa confiance en dehors de Dieu. L'analyse biblique montre que Jésus ne parle pas ici d'une simple gestion de nos portefeuilles, mais d'une attitude religieuse, parce que l'Argent se présente comme un dieu concurrent, en promettant la sécurité, l'autonomie, le contrôle sur l'avenir…, c'est-à-dire exactement ce que seul Dieu peut offrir.

Servir l'Argent, c'est entrer dans une logique de calcul permanent où l'autre, le prochain devient une menace ou un instrument ; cette inquiétude pour les biens matériels trahit souvent une crise de foi en la paternité de Dieu. Jésus ne nous demande pas d'ignorer nos besoins légitimes, mais de refuser que ces besoins deviennent le centre de gravité de notre âme : si notre vie est suspendue à ce que nous possédons, nous cessons d'être des fils pour devenir les gardiens anxieux de nos propres coffres-forts.


3. La pédagogie des oiseaux et des lis : la grâce du moment présent

Pour guérir notre regard malade, Jésus nous invite à une contemplation concrète de la création : « Regardez les oiseaux du ciel … Observez comment poussent les lis des champs ». Ce n'est pas une invitation à la paresse, mais une leçon de réalisme spirituel. En fait, dans les oiseaux volent, les lis poussent, on voit qu’ils accomplissent leur nature sans être rongés par l'anxiété du stockage. Et Jésus alors pose cette question pleine de bon sens : « Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? » La leçon c’est de nous réveiller à la réalité que l'inquiétude est totalement stérile, elle ne résout rien, elle ne fait que voler la joie du présent.

Le secret d'une vie libérée réside dans cette priorité absolue : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît ». Chercher le Royaume, c'est ajuster notre volonté à celle du Père, c'est accueillir chaque jour comme un don et non comme une propriété. Jésus conclut ce discours par une parole d'une immense sagesse humaine : « … à chaque jour suffit sa peine ». Dieu nous donne la grâce minute par minute, jamais à l'avance. Et ce que Dieu fait signifie réalisme ! Soyons sincères avec nous même : nous ne sommes pas des dieux, nous ne pouvons pas porter tout seuls le poids de lendemain !

L'angoisse du lendemain est une projection imaginaire qui nous prive de la force nécessaire pour porter la croix d'aujourd'hui. Évidemment que nous pouvons et nous avons même besoin de projeter notre futur, de rêver avec un bon futur, et de, si nécessaire, combattre pour un bon futur…, mais il n'y a pas de futur sans vivre intensément le présent ! En vivant avec intensité le présent avec Dieu, nous découvrons que la Providence n'est pas un concept abstrait, mais une Présence d'un Père qui sait de quoi nous avons besoin.


Conclusion et application pour notre journée

La Parole de Dieu nous bouscule et nous propose un chemin de simplification intérieure pour briser le cercle de l'anxiété. Pour incarner cette Parole aujourd'hui, nous pouvons poser au moins deux choix très concrets :

  • Identifions l'inquiétude précise qui nous ronge l'esprit aujourd'hui (un dossier, une facture, une relation tendue). Prenons la décision consciente de la déposer entre les mains du Père, en répétant intérieurement : "Tu sais de quoi j'ai besoin".

  • Arrêtons-nous quelques minutes au cours de la journée pour regarder la nature, un arbre, le ciel, ou simplement pour respirer profondément. Utilisons ce moment pour revenir au présent et remercions Dieu pour la vie reçue à cet instant précis.


Prière

Seigneur Jésus, Tu vois combien mon cœur est prompt à s'inquiéter et à chercher des assurances contre l'incertitude de l'existence. Pardonne mes manques de foi, ces moments où je me comporte comme si j'étais orphelin, oubliant que mon Père céleste veille sur le moindre oiseau du ciel.

Délivre-moi de la tyrannie du lendemain, de ce besoin de tout prévoir et de tout thésauriser qui me rend indisponible à Ta grâce présente. Purifie mon regard pour que je sache contempler la beauté gratuite du monde et y reconnaître le signe de Ta tendresse vigilante.


Donne-moi la force de chercher d'abord Ton Royaume et Ta justice. Que ma seule véritable ambition soit de T'aimer et de Te servir dans mes frères. Je Te confie cette journée avec ses joies et ses peines ; qu'elle soit vécue dans la paix de Ta présence, unifiée sous Ton seul regard. Amen.

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Je suis Saulo de Tarso. À travers ce blog personnel, je souhaite partager avec vous ma passion pour les Écritures, la théologie et la philosophie. Entre mes études et mon travail, ce site est un espace pour approfondir la connaissance de Jésus-Christ, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Vous y trouverez des méditations quotidiennes et des réflexions pour nourrir votre vie spirituelle.

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