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Dans la main du Potier : laisser la grâce façonner notre être

  • 29 juil.
  • 5 min de lecture

(Jeudi, 17ème Semaine du Temps Ordinaire)

Détail du Christ et de ses disciples, de Le Paiement du Tribut, vers 1427 (détail), Tommaso Masaccio
Détail du Christ et de ses disciples, de Le Paiement du Tribut, vers 1427 (détail), Tommaso Masaccio

Lectures de la Messe : Jr 18, 1-6 ; Ps 145/146 ; Mt 13, 47-53


En ce jeudi de la dix-septième semaine du Temps Ordinaire, l’Église nous fait faire une pause saisissante dans l’atelier d’un artisan. La voix du Seigneur s’adresse à Jérémie et, à travers lui, à chacun de nous : « Lève-toi, descends à la maison du potier ; là, je te ferai entendre mes paroles ».

Il y a une immense pédagogie spirituelle dans cette invitation à descendre. Pour entendre la voix de Dieu, il nous faut quitter nos hauteurs, nos certitudes et nos raisonnements autosuffisants pour rejoindre le lieu de la matière brute, le lieu de notre humanité réelle, faite de poussière et de souffle.

Il faut toujours la peine nous rappeler du message du dimanche précédent continue d'éclairer notre marche. Dimanche dernier, la Parole nous révélait la valeur inestimable du Royaume des Cieux, ce trésor caché et cette perle de grand prix pour lesquels un homme est prêt à tout vendre. Et aujourd'hui, la Liturgie nous montre comment ce trésor se façonne au plus profond de nous. C'est en acceptant notre condition d'argile entre les mains du Dieu vivant que nous devenons les réceptacles dignes d'accueillir le trésor du Royaume.


1. L'élasticité de l'argile et le mystère de nos brisures

Dans la première lecture, le prophète Jérémie contemple le potier au travail : « Le vase qu’il façonnait de sa main avec l’argile fut manqué. Alors il recommença, et il fit un autre vase ». Quelle consolation infinie recèle cette observation ! Le Dieu d'Israël n'est pas un juge implacable qui jette aux ordures la pièce ratée. Quand notre vie spirituelle s'effondre, quand la faiblesse de notre chair gâche le dessin originel, Dieu ne renonce pas à nous, Il ne jette pas l'argile mais Il la ramasse, la réhydrate de Sa Grâce et recommence un autre vase.

Sur le plan de l'exégèse biblique, le mot hébreu pour potier (יוֹצֵר, yotzer) partage la même racine (יצר) que le mot utilisé dans le Livre de la Genèse lorsque Dieu façonne (יִּיצֶר, yatzar) l'homme à partir de la poussière du sol (Gn 2, 7). Dieu est le Créateur permanent de notre être. Notre seule tragédie survient lorsque l'argile durcit, lorsqu'elle perd son élasticité par l'orgueil ou le désespoir. Tant que l'argile reste souple et malléable, le Potier peut tout réparer. Comme l'écrivait avec une profonde intuition mystique sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : « Ce qui plaît à Dieu dans ma petite âme, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde. »


2. Le filet jeté sur la mer : la patience de Dieu et le discernement ultime

Ce travail intime de façonnement trouve son accomplissement dans l'Évangile d’aujourd’hui, où Jésus conclut son discours en paraboles par l'image du filet jeté dans la mer qui ramène toutes sortes de poissons. Par cette image nous pouvons dire que le Royaume des Cieux est une réalité inclusive et patiente. La mer représente le monde, un espace vaste et parfois tumultueux, où les justes et les méchants nagent ensemble dans les mêmes eaux.

Remarquons l'attitude des pêcheurs : tant que le filet est dans l'eau, on ne trie pas. En continuité à tout le chapitre 13 de Saint Mathieu, cette image renforce l’affirmation que Dieu tolère le mélange, Il donne du temps à la conversion. L'Église n'est pas un club de purs, mais un filet de grâce qui rassemble l'humanité blessée. Cependant, la parabole nous rappelle avec une gravité sereine qu'il y aura un terme : quand le filet est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied et on trie.

Et nous pouvons poser la demande : qu'est-ce qui rend un poisson "bon" ou "mauvais" au soir de la vie ? Dans la Liturgie d’aujourd’hui, nous pouvons conclure que c'est précisément sa capacité à s'être laissé refaçonner par le Potier céleste, qui se laisse et qui apprend de Lui à aimer ! Le mauvais poisson est celui qui a refusé la transformation, celui qui est resté dur, impropre à la communion parce qu’il n’a pas appris à aimer. Le tri final n'est pas une décision arbitraire de Dieu, mais la révélation de ce que nous avons choisi d'être : une argile assouplie par l'amour ou un cœur de pierre imperméable à la grâce.


3. Tirer de son trésor du neuf et de l'ancien

À la fin de ces enseignements, Jésus pose une question directe à ses disciples : « Avez-vous compris tout cela ? ». Leur réponse – un « Oui » confiant – ouvre la voie à une magnifique définition de l'homme spirituel : « tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien »

L'ancien, c'est la loi (l’Ancien Testament), l’histoire du peuple d’Israël, mais aussi – à niveau personnelle – notre histoire, notre pâte humaine, nos expériences passées et même nos faillites que Dieu a récupérées/rachetée. Le neuf, c'est la grâce du Christ, la nouveauté de l'Évangile (le Nouveau Testament) qui vient transfigurer, ou mettre à jour, l'ancien sans le détruire. L'homme de foi ne renie pas son passé ; il le laisse être éclairé par la nouveauté de l'Esprit.

Comme le soulignait saint Jean de la Croix en méditant sur la manière dont Dieu purifie et illumine l'esprit humain : « L'âme qui est unie à Dieu est transformée en Lui, et Il lui communique sa propre sagesse et sa beauté, sans que l'âme ne perde son essence propre. » (La Montée du Carmel, Livre II, ch. 5). Dieu ne détruit pas la matière de notre vie : Il la sanctifie. L'ancien vase brisé devient, par la touche du Christ, une œuvre nouvelle brillante de sa lumière.


Conclusion et application pour notre journée

Dans notre vie quotidienne, ne redoutons pas nos limites ni nos imperfections. Si nous sentons que notre vase s'est fissuré sous le poids des épreuves, des rechutes ou de la fatigue, ne fuyons pas l'Atelier. Comme application concrète pour notre vie, voici quelques pistes :

  1. L'acte d'abandon : Dans un moment de prière en silence, remettons à Dieu une situation où nous nous sentons "manqués" ou brisés ; disons-Lui avec confiance : « Seigneur, reprends cette pâte et refais-en un vase selon ton cœur ».

  2. La patience envers les autres : Ne hâtons pas le jugement sur nos frères, parce que le filet est encore dans la mer, et ce n’ai pas à nous de le faire mais aux anges… Donc, accordons aux autres la même patience que le Potier nous témoigne.

  3. Valoriser l'histoire personnelle : Regardons notre passé sans amertume. Tirons-en la sagesse (l'ancien) pour accueillir avec joie la nouveauté de la grâce aujourd'hui (le neuf).


Prière

Seigneur Jésus, Potier de mon âme, je me tiens devant Toi avec la pâte pauvre et fragile de mon existence. Bien des fois, mon vase s'est fissuré, troublé par mon orgueil ou mes faiblesses. Pourtant, Tu ne me rejets pas ; Tes mains bienveillantes continuent de me façonner avec une immense tendresse.

Donne-moi un cœur docile, une volonté malléable entre Tes mains. Délivre-moi de la tentation de juger mes frères avant le temps, et apprends-moi à attendre le jour de Ta récolte dans la paix et la confiance. Fais de moi ce scribe sage qui sait reconnaître la beauté de Ta grâce dans chaque détail de son histoire. Entre Tes mains, Seigneur, je remets mon esprit et ma vie. Amen.

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Je suis Saulo de Tarso. À travers ce blog personnel, je souhaite partager avec vous ma passion pour les Écritures, la théologie et la philosophie. Entre mes études et mon travail, ce site est un espace pour approfondir la connaissance de Jésus-Christ, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Vous y trouverez des méditations quotidiennes et des réflexions pour nourrir votre vie spirituelle.

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